Il y'avait bien longtemps tiens que je ne m'étais pas fait arrêter au boulot!
Presque quatre mois! Wouaouwh! J'ai fait fort cette fois! J'imagine déjà vos réactions scandalisées à la lecture de ces propos dans lesquels je ne fais pourtant que de me moquer de moi même. Je ris un peu jaune malgré tout. Car si j'ai repris le travail début Juillet après une année qu'on va appeler sabbatique, puisqu'au final elle n'a débouché sur rien de concret, je considère toujours ne pas être fait pour être salarié, convaincu de valoir beaucoup mieux que ça.
Oh je sais que beaucoup me diront: "De quoi te plains tu? Tu gagnes correctement ta vie, tu as des horaires qui te conviennent, on te met pas la pression, tu n'es plus au contact des clients ou très peu....."
Certes! Il y'a du vrai là dedans même si, lorsqu'on vit seul avec un salaire de Mille-neuf-cent Euros par mois, amputés d'une pension alimentaire de quatre cent Euros et d'une retenue sur salaire de 330 Euros il faut sérieusement adapter son train de vie à ces nouvelles conditions et réduire ses dépenses au strict minimum. Finis les nombreux déplacements dans toute la France pour assister à des concerts et les nuits d'hôtels à gogo même si c'était des chambres bon marché. (Non je ferai pas de pub pour "Formule 1" ou "Etap hotel";) ). Finis les achats de disques à outrance. Vais-je devoir me mettre au téléchargement moi qui m'y oppose farouchement? Comment vais-je faire pour me payer les disques de Jean-Louis Aubert, Cali, Grand Corps Malade qui sortent tous ces jours cis ou dans les semaines à venir? Avec quel argent irais-je assister à leurs concerts? Car une seule chose dans ma vie me permet d'oublier par moments le poids de la solitude et de l'ennui et me permet même de rêver, c'est d'assister à des concerts de chanson française. Si je n'ai même plus ça, à quoi vais-je me raccrocher pour trouver de l'intérêt à quoi que ce soit?
Heureusement, il me reste les livres(en poche c'est moins cher), l'écriture,...........et pour la musique, il y'a encore myspace où je vais me recentrer sur la découverte de nouveaux talents.
Ah là là! La découverte de nouveaux talents! C'était devenu mon domaine privé, ma raison de vivre, ma JOIE de vivre. C'est un domaine dans lequel j'excele. Ca ne s'est pas fait du jour au lendemain mais justement, grâce à Myspace, j'ai été pris dans un tourbillon de découvertes et frappé par des paroles si fortes, sorties de la bouche d'un artiste qu'on appelle pourtant "Le petit chanteur" entre fans, que je n'ai plus pu voir la vie avec le même regard après avoir entendu de tels mots:
Excusez moi, excusez moi
J'ai du sortir pour aller gerber
J'ai eu une vision d'l'av'nir et ça m'a plombé
J'me suis vu comment dire
Merdeux et salarié
J'ai vu à quoi ma vie
Pourrait bien ressembler
J'ai vu l'bureau d'un chef
La machine à café
Les réunions les bénefs
Et l'air climatisé
Une vie sans relief
Directement relié.....à la mort
Enfin bref!
Une vie à gerber
Déjà, dans ces premiers couplets, il y'avait des idées très fortes comme l'association Merdeux-salarié pour moi qui vivais si mal mon travail à ce moment là dans une entreprise qui ressemblait de plus en plus à l'extrême pire du modèle capitaliste. Je n'épiloguerai pas ici et maintenant sur ce sujet.
A la fin du deuxième couplet, deux autres phrases choc s'enchainaient: "Une vie sans relief/Directement reliée...à la mort"(je mets des points de suspension après "reliée" parce que la rime est bâtie sur ce mot et l'expression "à la mort" a été rajoutée. C'est une erreur volontaire de l'auteur.
Vous rendez vous seulement compte de la puissance de ces deux phrases? Pour en imaginer la portée, je crois qu'il faut être totalement habité par l'envie d'autre chose ou que celle ci, encore légèrement enfouie dans un recoin de votre cerveau, n'attende plus qu'un déclic pour vous sauter à la gueule. Et il faut aussi je crois, être un individu qui n'a pas envie de rester toute sa vie un anonyme parmi une multitude d'anonymes dont la leur.....vie...., consiste simplement à naître, vivre en travaillant et en étant pauvres puis mourir après avoir vécu quelques toutes petites années de retraite en mauvaise santé.
Plus loin dans la chanson, d'autres phrases clé allaient enfoncer le clou comme:
Y'avait plus le héros de mes rêves de gamin
Adésias Bénito, le chanteur écrivain
Y'avait plus qu'un blaireau
Sage au milieu des siens
Les collègues de bureau
J'ai gerbé comme un chien
Ce couplet clôturait ce rêve très sombre avant un réveil fait de prises de décisions radicales:
Je vais bruler mon CV
Et garder que mes textes
Je vais signer d'un B
Avec accent circonflexe
Des mots exacerbés
Pour Léo, pour Alex
Le reste me fait gerber
J'veux garder ce réflexe
Et plus loin une série de questions auxquelles les réponses de l'auteur étaient déjà toutes trouvées mais pas encore les miennes:
J'rêve un peu? Faut pas?
Et j'fais quoi à la place?
J'fais comme eux c'est ça?
Une petite vie sans trâce?
Mais j'pourrais plus marcher droit
Ni te sourire en face
Léo écoute moi!
Je sais c'qu'il faut qu'je fasse!!!!
Sans parler du fait de devoir convaincre ceux qui nous ont mis au monde de nous laisser trâcer notre route comme on l'entend et pas en suivant leurs conseils qui nous poussent vers plus de raison:
Y m'a fallu du temps
Pour expliquer aux vieux
qui m'ont mis dans le sang
De l'encre et c'est tant mieux
Je peux plus vivre sans
Ou alors malheureux
Y z'ont compris maintenant
Faut qu'j'y arrive nom de Dieu
Mon "vieux" à moi s'il avait encore été là n'aurait jamais compris c'est certain, quant à ma "vieille"....l'incompréhension était telle qu'un an après avoir entendu cette chanson, j'ai coupé les ponts avec elle (à suivre)