Quelqu'un pourrait il m'expliquer cette propention que j'ai à ne tomber amoureux que de personnes inaccessibles?
Cela m'est arrivé à quatre reprises depuis l'age de vingt-quatre ans. Les deux premières fois, j'étais moi même en couple, la première personne avec qui c'est arrivé étant de son côté en instance de divorce. J'avais alors rompu avec celle qui deviendrait la mère de mes enfants pour vivre cette histoire et je ne l'ai pas regretté. J'ai probablement vécu avec cette personne ma plus belle nuit d'amour de toute ma vie. Finalement la raison avait repris le dessus et j'étais rentré dans le rang en retournant à ma vie de couple très ordinaire qui avait commencé trois ans plus tôt.
La seconde fois, je me suis épris d'une personne mariée alors que ma copine était enceinte de ma fille. Situation parfaite pour bien culpabiliser. Il ne s'est pourtant jamais rien passé avec l'autre, à part des mots.....des aveux.....et la certitude que ces sentiments étaient réciproques. Mais les choses ressenties étaient si intenses que je n'ai pu m'empêcher à l'époque de tout avouer à la future mère de mes enfants. J'étais si perturbé, si mal dans ma peau que je ne pouvais pas garder tout ça pour moi mais je n'avais absolument personne à qui en parler et c'est ma compagne qui a alors joué le rôle de confidente. Vous imaginez les dégats causés et sa haine à l'égard de "l'autre" qui faisait aussi partie de notre groupe d'amis, venant manger régulièrement à la maison. Pourtant, aucun échange entre elles n'eut jamais lieu entre elles sur ce sujet mais je peux vous assurer que la haine était intense. J'en ai entendu parler pendant au moins six ou sept ans après, bien longtemps après que les ponts aient été coupés entre nos deux couples, consécutivement à leur mutation dans une autre région. Un départ qui arrangeait tout le monde mais ne pansait pas les plaies laissées béantes.
Vous allez me dire que j'étais un beau salaud et que je suis impardonnable pour ces deux amours interdites. Le problème et qu'il faut probablement avoir vécu ce genre de situation pour la comprendre. D'abord, lorsqu'on est mal dans son couple, il est rare de ne pas trouver des personnes du sexe opposées qui le sont aussi et le rapprochement est d'autant plus aisé lorsque vous êtes déjà proches dans la vie quotidienne. La première, je n'avais d'autre choix que de l'appeler tous les jours au téléphone pour raisons professionnelles et c'est tout naturellement que nous en sommes arrivés à élargir nos sujets de discussion, puis à nous confier l'un à l'autre au point que nos collègues respectifs riaient de la longueur de nos entretiens et avaient deviné presque en même temps que nous l'idylle qui était en train de naître.
Quant à la seconde, elle m'avait formé sur mon nouveau poste pendant un mois avant de partir en congés maternité mais d'emblée l'accroche avait été excellente entre nous. A son retour six mois plus tard, nous nous sommes retrouvés très souvent à faire le trajet à pieds ensemble matin et soir, entre l'église de Pantin où nos chemins se rejoignaient et notre lieu de travail. Au boulot, nous prenions nos pauses cigarette ensemble et nous mangions les uns chez les autres les week-ends. Bref! Nous ne nous lâchions plus.
Mon couple a été dès le départ un vrai désastre bien que nous ayons vécu ensemble pendant seize ans. Il n'y a jamais eu de passion entre nous et sur le plan de la libido, nos rapports étaient pour le moins........espacés.....de l'ordre de cinq à six fois par an.
De mon côté, je crois n'avoir jamais été un "coup" brillant au lit. C'est avec elle que j'ai vécu ma première fois qui a duré à peine quelques secondes. Et comme elle prétendait ne rien sentir, mais peut-être était-ce du à mon manque de savoir faire? Je ne l'ai jamais su. elle prétendait que c'était pareil avant moi. Toujours est-il que mon problème l'arrangeait probablement pour se soustraire à ce que je n'ose appeler le "devoir conjugal" mais qui pourtant dans notre cas était assez proche de la vérité parce que les rares fois où c'est arrivé, c'était qu'elle s'y sentait plus ou moins obligée parce que je "réclamais" depuis des mois.
Ce qui aurait du nous éloigner d'emblée, nous a au contraire rapprochés. Ce qui m'était arrivé avec elle la première fois et qui s'est ensuite reproduit à chaque fois suivante bien entendu......le désir est si fort lorsqu'on n'a pas fait l'amour depuis des semaines ou des mois......je le redoutais bien avant de la connaitre. Je vivais même avec cette angoisse de la première fois depuis que ma mère m'avait dit vers dix-huit ans, que si je voulais que ma femme me trouve à la hauteur, j'aurai intérêt à prendre mon temps avec elle et ne pas faire comme mon père qui avait toujours fait ça très vite. Elle m'avait expliqué ça alors que je lui reprochais de faire trop de bruit la nuit depuis qu'elle était avec R....le premier homme avec qui elle ait eu une relation depuis sa rupture d'avec mon père, huit ans plus tôt. Visiblement, pour eux deux, ça se passait vraiment bien au lit. A les entendre, ça durait bien une demi-heure à chaque fois.
Bref! Avec le recul, je me suis toujours dit que le fait que j'ai ce problème devait arranger C... parce qu'au moins, puisqu'elle n'aimait pas le sexe, ça lui donnait une excuse pour s'y soustraire. Parfois d'ailleurs, moi aussi je m'en suis servi pour avoir ce que je voulais, en faisant valoir qu'elle serait vite débarrassée de moi. De mon côté, j'aurais été prêt à passer ma vie entière avec elle puisqu'elle avait la bonté de m'accepter malgré mon handicap. En revanche, dans les pires moments que nous avons vécus, chaque fois que le sujet de la rupture a été abordé, j'ai redouté ce moment avec une angoisse incommensurable. Pas parce que j'étais inquiet de la perdre mais parce que je savais qu'après elle, je resterai très longtemps seul, car aucune autre femme après elle ne voudrait d'un homme comme moi. Et je ne m'étais pas trompé là dessus. Voilà cinq ans que cela dure.
Bref! Si à cette époque, je me suis attaché si facilement à d'autres, j'avais de bonnes raisons à cela. Je n'étais pas très amoureux de celle avec qui je partageais ma vie et ma vie de couple ne me rendait pas heureux, ce qui ne m'empêchait pas de tout faire pour adapter mon mode de vie à ce qu'elle attendait de moi parce que je tenais à ce qu'elle veuille me garder, ce qui est paradoxal par rapport à ce que je viens de dire mais c'est l'exacte vérité.
Pour autant, j'ai toujours été un être de passions. J'ai besoin de vivre les choses intensément, de vibrer, de rire mais je crois aussi de ressentir parfois de l'angoisse, de pleurer de temps en temps.....en tous cas d'exprimer ce que je ressens tel que je le ressens. Alors ces personnes qui ont traversé ma vie m'ont permis de vivre ces moments de passion qui me faisaient tant défaut dans mon quotidien.
Puis après ma rupture avec la mère de mes enfants au bout de seize ans.........quand même....., j'ai rencontré quelqu'un sur internet avec qui cette fois le niveau d'intensité est monté à un niveau que je n'aurais même pas osé imaginer. Pourtant, cette fois encore, il ne s'est rien passé pour différentes raisons. J'ai passé tout un blog, soit plus de mille pages à raconter cette histoire dans toutes ses largeurs et ses longueurs. Croyez moi, pour pouvoir écrire autant au sujet de quelqu'un, il faut que les choses ressenties soient sacrément intenses. Toujours est-il que parmi les raisons qui la poussaient à se refuser à moi, il y'en avait une qui consistait à être déjà en couple. J'ai mis très longtemps à me remettre de cette histoire. D'abord plus de six mois à être malheureux en essayant de la convaincre de vouloir de moi alors qu'elle passait pourtant quatre heures au téléphone avec moi cinq fois par semaine, puis plus d'une année à tenter de renoncer à elle sans y parvenir après qu'elle ait décidé de ne plus me voir. J'ai alors rencontré d'autres personnes mais aucune n'a éveillé chez moi le dixième de sentiments qu'avait fait naitre en moi cette personne. Depuis, près de quatre ans se sont écoulés et même si je ne ressens plus de tristesse, ni de haine à l'évocation de cette personne, aucune femme n'a su faire naitre en moi une étincelle digne de ce nom........aucune jusqu'à voilà seulement quelques jours.
Et cette fois je ne m'y attendais vraiment pas. Depuis le temps que dure cette solitude, je commence à être résigné et me dis de plus en plus que je devrais finalement me contenter d'histoires sans lendemain en rencontrant consciemment les personnes pour ce motif là, chose à laquelle je me suis toujours refusée jusqu'ici, même si à l'arrivée, c'est bien ce qui s'est produit. Quand la passion n'est pas là, on le sait tout de suite et moi je sais maintenant à quoi ressemble la passion. Et voil à qu'elle m'est ombé dessus, sans même l'avoir rencontrée encore une fois. Et que ceux qui ne croient pas à la force des sentiments virtuels se taisent. Je sais qu'on peut ressentir très intensément des choses sans avoir rencontré une personne et que cette passion ne s'érode pas au moment de la rencontre. Il suffit pour cela que le terrain sur lequel on se retrouve le plus soit le terrain spirituel, spirituel ne voulant aucunement dire religieux dans le sens où je l'utilise(je sais qu'il y'a débat sur le fait que Jean-Paul Sarthre aurait dit un jour "le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas" ce que certains ont traduit par "sera religieux ou ne sera pas"). Je veux juste dire que sur les façons de penser, sur les façons de ressentir les choses ou encore sur nos centres d'intérêts qui sont culturels que nous nous accordons, tout en sachant que nous ne nous déplairons pas physiquement.
Nous allions nous voir le 4 décembre à un concert de notre idole commune. Quelle plus belle occasion pour une première rencontre? Rien que l'idée de cette rencontre me fait frissonner. Finalement nous nous croiserons peut-être quand même ce jour là mais en nous évitant parce que cette fois encore, l'histoire qui semblait une évidence ne peut avoir lieu. Et cette fois je préfère anticiper la "rupture" pour ne pas avoir à subir les mêmes souffrances qu'il y'a cinq ans. Encore une fois je suis tombé sur une personne qui vit en couple et qui du coup voudrait que je sois simplement un ami pour elle après m'avoir avoué être troublée par mes mots, avoir accepté que je lui dise des mots tendre.....après qu'lle m'ait adressé plus de cent mails en l'espace de quelques jours et passé de très nombreuses heures à discuter avec moi sur facebook.
C'est drôle parce que le jour où je lui ai avoué mes sentiments, j'avais pensé le même jour: "Il ne faut surtout pas lui dire sinon ce sera la fin". Pourtant, quelques heures après, je tombais le masque et la poussais à laisser tomber le sien par la même occasion. L'évidence était telle que ça n'a vraiment pas été difficile. Il suffisait de se dire les choses naturellement, sans angoisse, juste nous dire qu'on était vraiment bien à parler ensemble et qu'on aurait aimé que ça ne s'arrête jamais.
Douze heures plus tard, la réalité cruelle avait repris le dessus. Je ne pouvais pas entrainer avec moi quelqu'un qui jusqu'ici ne soupçonnait peut-être même pas qu'elle put avoir des difficultés dans sa vie de couple et qui d'un seul coup semblait trouver tous les défauts du monde à son conjoint. Quelqu'un qui avait des enfants qui ont encore la chance de connaitre une vraie vie de famille, chance que trop peu d'enfants connaissent encore aujourd'hui.
Encore vingt-quatre heures plus tard alors qu'hier elle me demandait d'être son confident et son ami, j'ai préféré aujourd'hui même lui demander de m'oublier et faire de même à son égard. Je sais que si j'accepte d'être ce qu'elle me demande, je ne pourrai pas me contenter de ce second rôle longtemps. Je souffrirai parce que je la voudrai elle, toute entière rien que pour moi. Si j'ai appris une chose de mon dernier échec amoureux, c'est qu'il ne faut jamais se contenter en amour. L'amour et la demi mesure sont incompatibles. Il faut que ce soit tout ou rien.
Je regretterai terriblement cette personne. Je la regrette déjà terriblement et je me dis que je n'ai probablement pas droit au bonheur de l'amour qui me fuit depuis ma toute première histoire à l'age de dix-neuf ans. Si ce n'était pas le cas, pourquoi ne tomberais-je amoureux que de personnes auxquelles je n'ai pas droit? Et surtout, pourquoi aucune personne dont le coeur est libre n'a su éveiller en moi de tels sentiments tout en en ressentant d'aussi forts à mon égard?